Nuala O’Faolain – L’histoire de Chicago May
Sabine Wespieser, 21 Août 2006
May Duignan – dite Chicago May - d’Endenmore, Irlande, s’est enfuie de chez elle en 1890 pour mener une vie de hors-la-loi dans différents pays, jusqu’en 1929 où elle s’est éteinte, malade, à Philadelphie, âgée seulement de 58 ans.
Nuala O’Faolain entreprend ici d’établir sa biographie, mais non conventionnellement : bien sûr, elle va relater chronologiquement ses faits et gestes, sans romancer en aucune façon, mais va aussi extrapoler d’une façon toujours contextuelle, et en le précisant à chaque fois.
Elle indique dès le début qu’elle n’entend pas se confronter au caractère assommant du picaresque. Mais les documents qu’elle consulte, les écrits de May sont d’un pragmatisme total. C’est pourquoi il lui faudra se rendre inlassablement dans tous les endroits où elle est passée, s’approprier l’impalpable et se bricoler une vision personnelle des milliers de petits riens qui font un tout.
Et c’est bien mystérieux, une vie.
Pourquoi s’intéresser à cette femme précisément ? Avec au départ, la condescendance grossière d’écrire sur quelqu’un qui n’était pas exceptionnelle, comme une sorte de défi moral, et à l’arrivée comprendre qu’elle n’aime pas Chicago May. Mais ses recherches, ses comptes rendus aussi minutieux que remplis de parallèles intimes, auront permis à Nuala O’Faolain d’entrevoir chez une compatriote, une façon d’épouser le cours des choses qui est plus libre que la liberté.
Et c’est bien ça qui ressort.
Cette irlandaise flamboyante a mené sa barque sans réfléchir, toute sa vie elle s’est laissée aller au moment présent, sans se préoccuper du carcan de sa condition de femme inculte et pauvre, refusant le joug du cléricalisme, avançant et avançant.
Et en la cherchant, Nuala O’Faolain, qui n’a aucun matériel introspectif autour de May à sa disposition, se sert de sa propre expérience, suppose ce que May a pu ressentir à travers ses proches à elle, et l’explicite à chaque fois.
C’est pourquoi il est inévitable que ce genre-là, cette forme de biographie tout à fait personnelle, qui dévoile tout autant son auteure que son sujet, en déroute certains, comme Anne-Sophie qui n’a pas aimé cette oscillation permanente entre deux univers.
Mais pour ma part j’ai apprécié du premier au dernier mot, et si à l’instar de Nuala O’faolain je ne ressens pas d’amour ou d’amitié particulière pour Chicago May (que je trouve finalement assez passive dans ce qui lui est arrivé, sans jamais de recul), je comprends bien que ce n’était pas le but premier.
Elle le dit elle-même en épilogue, un roman aurait permis beaucoup plus facilement l’admiration ou
Une vieille prostituée fatiguée repose dans une sépulture anonyme. Mais, vous voyez, on vous a conduit jusqu’à elle. Nous savons déjà comment nous sentir proches des gens que nous aimons et comprenons, mais il est un territoire au-delà de ce que nous connaissons déjà, et des voyages de pionnier à entreprendre pour y aller. Là-bas, des gens attendent dans l’ombre.
Que le rayon de l’attention brille là-bas. L’obscurité recule.
Quelle jolie lumière sait projeter Nuala O’Faolain…
Traduction (Irlande) de Vitalie Lemerre
(A noter que les éditions Sabine Wespieser placent aussi, comme Métailié, la traductrice en couv )
464 p.
Un extrait audio ici (lu par Rozenn Martinais)



